Le sentier de Mino
Mino est une petite fille. Elle vit dans un village entouré de collines, seule avec son papa. Elle aime les bruits du matin, l’odeur du pain chaud et la douceur du vent sur sa peau. Mais souvent, le reste du monde lui échappe. Les mots des autres lui semblent parfois étranges, comme un langage dont elle n’a pas le code secret.
Alors ils se moquent. Ils la bousculent. Elle ne sait pas toujours comment répondre, alors parfois, la colère explose en elle, une tempête qui la dépasse. Elle crie, elle repousse. Ils s’éloignent, mais reviennent toujours, avec des rires encore plus bruyants. Comme une tique dont elle n’arrive pas à se débarrasser.
Son papa le sait. Il voit bien quand l’orage gronde en elle. Alors, un jour, il lui a montré les sentiers qui montent, ceux qui mènent aux sommets. « Là-haut, on respire mieux », lui a-t-il dit. Depuis, quand tout devient trop lourd, Mino suit ces chemins, ceux que son papa lui a appris, là où personne ne la suit.
Au sommet de la montagne, l’air est plus doux, plus léger. Elle lève les yeux et les voit : les oiseaux.
Ils sont quatre, tournoyant dans le ciel nocturne, libres et silencieux. Mino leur parle, sans attendre de réponse. Elle leur raconte ses tempêtes et ses silences. Les oiseaux, eux, n’ont pas besoin de mots. Ils dansent pour elle. Ils dessinent des cercles dans le ciel, des arabesques invisibles qui apaisent le tumulte en elle.
Parmi eux, il y en a un plus petit, un peu bancal. Ses ailes battent différemment, mais il vole quand même, avec sa propre cadence. Il s’approche, se pose près d’elle. Mino tend doucement la main. Ils restent là, ensemble, sans un bruit, juste à exister.
Et dans cette nuit étoilée, sur cette montagne que son père lui a montrée, Mino se sent un peu moins seule.
Elle sait que demain, elle redescendra. Que les moqueries ne disparaîtront pas d’un coup. Que parfois, la colère reviendra. Mais elle sait aussi qu’il y aura toujours un sentier pour elle, un endroit où l’air est plus doux et le silence plus tendre.
Et, peut-être, un jour, quelqu’un la rejoindra sur le chemin.