Ilf, jongleur de planètes
Ilf, le renard aux yeux perdus dans le bleu, était souvent laissé de côté. "Ilf, t’es encore dans la lune !". Quand il fallait courir après les écureuils ou bâtir des cabanes, il était toujours ailleurs, les pensées en orbite autour de quelque chose d’invisible. Alors, les autres le laissaient à l’écart, trop occupés pour l'attendre. "Laisse tomber, il est encore parti sur sa planète."
Mais ce qu’ils ne savaient pas, c’est qu’Ilf n’était jamais vraiment seul. Lorsqu'il s'échappait dans sa tête, le monde se métamorphosait. Les arbres devenaient des fusées, les feuilles des étoiles filantes, et le ciel, une mer profonde où flottaient des planètes rondes et colorées. Dans ce monde, Ilf jonglait avec des univers entiers. Il faisait tournoyer Mercure, bondir Vénus, et même Neptune, aussi glacée qu’un souffle d’hiver. Ilf jonglait pour lui, sans public, sans jugement.
Pendant que les autres s'agitaient, Ilf composait des danses céleste. Les planètes tournoyaient en harmonie, leur rythme vibrant d'une musique que seul Ilf entendait. Chaque lancer était une histoire ; chaque rattrapage, un miracle. Et, quand il le voulait, il laissait la gravité s’effacer un instant, offrant à ses mondes un vol libre au-dessus des nuages. Dans ces moments, Ilf se sentait infini, capable d’atteindre les étoiles que les autres disaient si loin.
Un jour, les renards partirent jouer sans lui, comme d’habitude. Mais tout à coup, tout devint silencieux. Et quand un renard curieux leva les yeux. Il aperçut, entre les branches, les reflets de planètes tournant doucement autour d’Ilf. Il semblait habiter un autre univers, pourtant si proche. Les autres regardèrent, fascinés par ce jongleur solitaire qui donnait vie à des mondes qu’ils n’avaient jamais pris le temps de voir.
Alors, un à un, ils s’approchèrent, curieux de partager, pour une fois, le ciel d’Ilf.